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Ingénierie financière

L’ingénierie financière s’applique aux principes comptables pour « améliorer les résultats des entreprises », dit-on.

"À chaque dégringolade la crise s'approfondit..."
Le problème est que certains forcent tellement les comptes qu’il finit par arriver comme dans les œuvres de fiction : toute ressemblance avec la réalité n’est que pure coïncidence. Les actuels gestionnaires des banques françaises – et bien sûr leurs collègues européens – en savent quelque chose. Car en général, on peut affirmer que les entreprises et les entités financières qui appliquent l’ingénierie financière ne vont jamais aussi bien que leurs dirigeants le prétendent.

Il existe trois sortes d’ingénierie financière. La légale d'abord, ensuite celle qui est à la limite de la légalité et enfin celle qui mène le directeur financier directement au gnouf.

Le problème pour ceux qui l’exercent est qu’elle est aussi addictive que la magie où un numéro entraîne un autre, à la recherche du toujours plus difficile. Les agences de notation, ces collaborateurs zélés des entités financières --aujourd'hui devenus leurs bourreaux --, en savent quelque chose.

On peut affirmer qu’il existe cinq types d’objectifs communément acceptés dans l’ingénierie financière. Le premier, est de masquer les pertes. Le second, gonfler les actifs et les résultats (le CA, les ventes). Le troisième est d’occulter que certaines transactions ont été menées à bien au moyen d’un surcoût considérable (les commissions, les dessous-de-table, n’est-ce pas). Le quatrième est de maquiller le passif (la dette). Et le cinquième, occulter que certains ont mis la main à la caisse. Vous me suivez ?

Avec comme résultat qu’on en vient à défier toutes les lois. Y compris celle de la gravité.

Goldman Sachs mise sur les indignés

Correspondance de Bruxelles de notre chroniqueur Charlie Linterminable

NEW YORK (Le Rapport Borowitz)

Ce qui suit est une lettre rendue publique aujourd’hui par Lloyd Blankfein, le président du géant américain Goldman Sachs:



Cher investisseur:

Jusqu’à présent, Goldman Sachs a été silencieux au sujet du mouvement de protestation connu sous le nom Occupy Wall Street. Cela ne signifie pas toutefois, que nous n’y pensons pas. Alors que des milliers de manifestants se sont rassemblés dans le Lower Manhattan, pour exprimer avec passion leur profond mécontentement face au statu quo, nous avons pris note de ces protestations. Et nous nous sommes posé la question :

Comment faire pour que les indignés nous rapportent de l’argent ?

La réponse est notre tout nouveau Fonds Goldman Sachs Rage Globale.




... La suite, sur le site de l’humoriste Andy Borowitz!   http://www.borowitzreport.com/

Notre blog va plus vite que la vitesse de la lumière

Vous avez peut être entendu parler de ces garçons et filles intelligents qui font de la recherche au CERN (Laboratoire européen de physique des particules). Eh bien, ils ont réussi à tirer un haricot de neutrinos muoniques de leur trou de hobbits en Suisse pour une destination inconnue en Italie et ce, plus vite que la vitesse de la lumière.

Bien sûr, il y a eu des plaintes à propos de l’exploit qui, s’il se confirme, mettra la physique des particules sens dessus dessous, mais il y a eu aussi des notes de scepticisme sur les répercussions réelles de la prouesse. Nous, à la rédaction du blog, nous sommes tous pour voyager dans le temps et tout le tintouin, bien sûr. Voici donc aujourd'hui, pour prouver que l'expérience du CERN avec les neutrinos n'est pas le fait du hasard, nous vous apportons le premier d’entre eux, car on est toujours plus rapides que la vitesse de la lumière d’une blague.

- Toc toc toc ...
- Qui est là?
- Un neutrino.

Et iSteve est monté au ciel

« Je pourrai mourir tranquille dès que l'on aura démontré l'utilité de l'iPad », a-t-il 
lancé avant de quitter ce monde en patins à roulettes.

Je promets que d’ores en avant je ne taperai plus sur mon iPhone quand il déraille – ça va être dur parce que cela lui arrive un jour oui un jour non.

Monté à dos d’âne sur un iNuage, papa Jobs vient de quitter ce monde par la voie rapide.
Il paraît qu’en hommage à son gourou cette poule aux œufs d’or Apple va changer son logo mythique par un œuf, histoire d'exorciser les mauvais augures.

Bon voyage Monsieur le magicien

Un nouveau blog est né

Je vous présente un nouveau blog, Cahiers de l'exil. Il s'agit d'un blog corporatif, quatre blogueuses et blogueurs (2 chats, un poulpe et un homo sapiens) se partageant l'art de tirer la langue tout en regardant de côté.  

Bon appétit !

Georgia on my mind...

Not for a good reason I am afraid.

Nous voilà encore une fois à déplorer l’énième exécution d’un condamné à mort aux USA, en Géorgie, pour être précis. Cet instrument d’autosatisfaction soutenu par un système de valeurs outrecuidant et élevé au rang de code moral. 

Troy Davis, 42 ans, noir, condamné à mort en 1991 et exécuté 20 ans après… pas besoin de s’attarder sur sa supposée culpabilité ni sur son innocence présumée (l'existence de nouvelles preuves réfutant sa responsabilité dans l'homicide d'un policier) ni sur les mécanismes judiciaires qui ont entraîné un tel déni de justice. Tu ne tueras point, 5e commandement. God bless America, une société assise sur le puritanisme et la fausse empathie (‘la plus grande démocratie au monde’, nous dit-on). Une fois de plus, ce cas a attiré l'attention nord-américaine et internationale par les doutes qui pèsent sur la culpabilité de Davis. Depuis qu'il a été condamné en 1991, sept des neuf témoins clé dans le procès se sont rétractés ou ont modifié leurs déclarations en reconnaissant qu'ils avaient été contraints par la police. Outre ces témoignages, il n'existe aucune preuve reliant Davis au crime.

L'exécution d'un être – humain ou pas, je tiens à le dire – n'est jamais un acte de justice mais un geste de vengeance et donc un échec de l'administration de justice. De par son caractère incertain et arbitraire, la peine de mort n'est jamais un argument d’autorité, pas plus qu’un mécanisme dissuasif pour prévenir le crime. C’est un instrument de pouvoir, une punition cruelle, la vengeance, qui légitime implicitement l'usage de la violence d'État.

Il y a deux continents presque libres de ce fléau. La Biélorussie est l'exception en Europe. Les États-Unis en Amérique. Honte à eux (et aux 56 pays restants). Le métier d’avocat de la défense doit être très frustrant là-bas

Georgia on my mind... pas pour une bonne raison, je le crains.

C’est officiel, BHL ne peut pas tout faire


Un pas diplomatique important. Alors que le présidentissime Sarkozy s’est rendu hier en Libye avec le Premier ministre britannique David Cameron, un invité surprise les accompagnait : le métaphysicien Bernard Henri Lévy, provoquant un vent de panique dans la Jamahiriya. 

Bernard Henri Lévy est un revenant d'un genre singulier. Il n'hésite pas à s'impliquer dans les causes qu'il défend, comme ce fut le cas lors de la chute du régime de Mouammar Kadhafi en Libye. Dans une interview publiée fin août dans le quotidien Nice Matin, Bernard-Henri Lévy se dit « heureux d'avoir contribué » à la victoire des insurgés libyens, première étape vers un « Etat de droit », et estime qu'elle « aura un effet mécanique en Syrie ». « Je ne parlerai pas de fierté. Mais je suis heureux, oui, d'avoir contribué à convaincre le président de mon pays qu'il était possible de faire tomber un dictateur », explique-t-il, en référence à la rencontre de mars dernier, entre Nicolas Sarkozy et les rebelles libyens. Une étape décisive puisque c'est lui qui reconnaitra en premier la légitimité du CNT. Plus de 60 pays l'ont reconnu aujourd'hui comme seul représentant du peuple libyen. Pourtant, certains aspects du personnage de BHL dérangent (ça c’est un euphémisme).

Fin août, le site Arrêt sur Image racontait comment Le Monde avait refusé de publier un ‘reportage’ de BHL, aux côtés des rebelles libyens. « Cela n'aurait pas posé problème si BHL souhaitait publier une tribune dans les pages Débats », explique-t-on dans la rédaction. « Mais on estime qu'on ne peut pas confier un reportage à quelqu'un qui est administrateur du Monde, et qui a pris position sur le conflit libyen ». « Nous ne sommes pas des anti-BHL primaires, mais on a estimé que la demande était abusive », ajoute-t-on. Le témoignage de BHL en Géorgie est sûrement resté dans les mémoires du Monde. Dans un article publié sur Rue 89 an août 2008, le site internet vérifiait le récit publié quelques jours plus tôt par BHL dans le quotidien. Un témoignage assez fantastique… Le philosophe des beaux quartiers racontait par exemple, être entré dans Gori, capitale d'Ossétie du Sud. Une information démentie par les personnes qui l'accompagnaient. Des imprécisions que l'on retrouvait dans son dernier livre, ‘De la guerre en philosophie’. BHL cite alors les recherches de Jean-Baptiste Botul, pour démonter les thèses du philosophe Kant. Problème, Jean-Baptiste Botul est un personnage imaginaire, créé par Frédéric Pagès, agrégé de philosophie et plume du Canard enchaîné…

Et BHL de dire « je suis capable de lever les dénégations que j’entretiens, d’ironiser sur mes méprises et sur mes prétentions à la maîtrise. » Quod erat demonstrandum.

Un enfant de 9 ans joue à la crise financière avec des Légo


Le dernier rapport de JP Morgan surprend par l'analyse pointue de la crise financière offerte par Peter Cembalest, un garçon de 9 ans, qui assure que son interprétation ne peut pas être plus ridicule que les résultats des tests de stress menées par les banques européennes. Un véritable coup de menton au théâtre de l'absurde, monté par la troïka des UE / BCE / FMI – qui s’est vue dépassée par des événements qu’elle  a été incapable d’anticiper dans des économies modernes qu’elle était supposée manager.


 

Avec les figurines d’un fabricant de jouets bien connu, cet enfant assemble un tableau que les caciques européens feraient bien de réviser, comme un ricochet de leurs actions. Ce qui suit est une réflexion sur la composition de Peter. Il faut prendre note des lignes et des flèches qui interagissent entre figurines.

  1. Le torero au grand chapeau et le pilote de Formule 1 avec son casque, représentent l'Espagne et l'Italie ainsi que le reste des pays européens périphériques qui veulent que la BCE achète des obligations pour laisser le temps nécessaire à la mise en œuvre des plans d'austérité. L’Italie est le cas le plus complexe car 25% de sa dette arrive à échéance l'année prochaine. Il y a 20 ans l’Italie a été contrainte d’aménager un plan d'austérité, que la promesse de l'euro avait fait oublier.
  2. Les trois bonshommes avec des casques, des boucliers et des armes médiévales, représentent les partis allemands (CDU, CSU et FDP) qui sont contre la politique du gouvernement d'Angela Merkel et s'opposent fermement à l'idée d’euro-bonds.
  3. Le marin en bleu et blanc c'est la Finlande, qui exige des garanties explicites au sauvetage de la Grèce –  générant une pression accrue sur les banques allemandes et françaises qui sont celles qui ont le plus à perdre avec la dette de la périphérie du fait de leurs prêts irresponsables.
  4. La femme à la carotte et son amie avec une bêche représentent les sociaux-démocrates et les Verts qui s'opposent aux politiques du Bundestag – et qui peuvent devenir les prochains pilotes de l'Allemagne.
  5. Wotan représente la Bundesbank, le protecteur ultime des intérêts monétaires et budgétaires de l'Allemagne. Il est très préoccupé par les politiques adoptées pour faire face à la crise. D'autant que les pertes des détenteurs d'obligations ne peuvent pas être épaulées par les contribuables.
  6. Le FMI c'est la tirelire, avec un rôle passif et servile, parce qu'il a été incapable d'anticiper la crise et sa suite interminable de séquelles ... notez la ligne de connexion avec le 12.
  7. Au centre du tableau – cela ne pouvait pas être autrement – se trouve un autre acteur : la Banque centrale européenne, et Jean-Claude Trichet à sa tête, ce personnage incapable de faire retentir des alertes précoces et pour qui le coût de la crise doit être supporté par les contribuables.
  8. Le barbier représente la Pologne et si son rideau est mi-clos c’est parce qu’après une longue période de tractations pour entrer dans l'UEM, elle préfère maintenant attendre jusqu’à se faire une idée plus précise sur qui va supporter le coût de la dette. Le ministre polonais a demandé à la BCE d'acheter davantage de dette souveraine et que le fonds de stabilisation (FESF) prenne trois tailles au-dessus… Pour les Polonais, le problème n'est pas économique mais politique.
  9. Les artistes viennent de France, qui, bien qu’elle peut mener la BCE par le bout du nez ne peut pas en faire autant avec le FESF. Car une progression du Fonds de stabilisation menace la notation triple A de la France.
  10. Ce sont les indignés. Les contribuables européens sont très touchés par bon nombre des politiques adoptées par les gouvernements ou la BCE (à noter la confluence des flèches).
  11. Les troupes d'assaut en bas du tableau (et dont on remarquera que la fléchette est à sens unique) ce sont la Commission européenne et les ministres des Finances du groupe dirigé par José Manuel Barroso et Jean-Claude Juncker.
  12. Ces dernières figurines représentent les porteurs d'obligations de l'UE et les actionnaires des banques épaulés par le Fonds (la «tirelire»), la BCE et l’enragé Wotan – c'est à dire, par tous les contribuables européens – autrement connu comme le grand vol des cols blancs.

Il faut reconnaître l’acuité de la synthèse visuelle de Peter, qui à 9 ans a su échafauder ce qui est peut-être la meilleure carte de la crise financière, avec  ses (très vraisemblables) personnages, ses actions et ses intentions.

En vacances avec la rébellion libyenne

Il était une fois un étudiant nord-américain décidé à passer l'été luttant contre Kadhafi. Problème: les insurgés n’en veulent pas et l’ont renvoyé chez lui.

Chris Jeon avec des combattants rebelles dans un avant poste
Un séjour en Libye? Pourquoi pas? Aussitôt dit, Chris Jeon, un universitaire californien de 21 ans, luné  de son état, a décidé de passer ses vacances cet été en combattant aux côtés des insurgés Libyens. Ni une ni deux il a acheté un billet aller vers Le Caire et, de là il a conduit jusqu’à Benghazi, l'enclave des insurgés. Au total, 800 $ (560 euros) pour un voyage à la ligne de front. Et sa maman de dire : « Chris est comme ça, toujours aux premières loges, au golf comme à la plage »

Il aurait affirmé à ses amis : « Super ! Je vais aller là-bas me battre à côté les rebelles pendant les congés ! ». Comme l'expliquent The National ou le Christian Monitor – cités par USA Today – le petit décoche avec son AK-47 comme n’importe quel révolutionnaire. « Je veux me battre à Syrte ! », s'exclame-t-il dans une interview, en expliquant que la communication avec se compagnons d’armes est compliquée. « Normal, je ne parle pas un mot d'arabe », dit-il. L'information n'a pas été confirmée par des sources officielles, mais des journalistes sur place donnent un peu plus de détails sur cette éphéméride dans leurs comptes Twitter.

Le dernier tweet de Hill
C'est le cas du correspondant d'Al Jazeera Evan Hill, cité par le site, Gawker – dont la devise est : « les commérages d’aujourd'hui sont les nouvelles de demain » -- qui explique que les rebelles en ont assez d’avoir Jeon à leurs côtés : « ce freaky va crever d’une mort flippante »

Le dernier tweet de Hill à propos de cette histoire est révélateur: « Notre équipe dans l’est de la #Libye affirme que les rebelles en ont plus que marre de Chris Jeon, ce gamin américain qui a tenté de les rejoindre et l’ont sommé de décamper ; vu dernière fois dans un pick-up vers Benghazi. "

Crisis, what crisis?

Aujourd’hui je ne rigole pas.

A Barcelone, plus de 25% de la population
vit en dessous du seuil de pauvreté
J’ai entendu hier à Barcelone quelqu’un s’exclamer : « Je ne comprends pas pourquoi certains parlent de crise », alors même que celui qui parlait ainsi ou bien il n’a pas su trouver une table libre dans le restaurant de son choix, ou bien il a dû faire une longue queue au cinéma pour voir un film ou encore il a découvert que tous les billets pour un concert prévu depuis long date avaient été vendus en quelques heures.

De tels mots permettent souvent de soulager la contrariété de ceux qui n’ont pas à souffrir de la crise avec la même rigueur qu’autrui. Qui plus est, ces mots là constituent l’argument fallacieux de ceux qui n'ont pas connu la crise du tout. Il ne serait pas difficile de trouver qui a bénéficié du roulis de la crise – et je ne parle pas seulement des cadres aux salaires blindés ni des financiers de haut vol, ni des politiciens vénaux ni des employeurs sans scrupules.

Il est clair qu’en Espagne la société est en pleine dégringolade et que chaque jour davantage de gens restent en marge de la culture de l’enrichissement (spéculatif) rapide qu’est devenue l’économie espagnole. Il suffit de voir  ce qui se passe à Barcelone – une ville ô combien cosmopolite – pour vérifier le nombre grandissant de signes de pauvreté à tous les coins de rue. Une pauvreté qui se répand comme une tache d’huile.

Certains signes sont sans équivoque et la presse en parle. Des familles expulsées de leur domicile parce qu’incapables de faire face aux mensualités du crédit hypothécaire ; des foyers où les conjoints ont tous deux perdu leur travail et dont les parents sont obligés de les héberger ; des personnes âgées obligées de trouver des colocataires afin de pouvoir faire face au loyer. J’ai vu même certains emporter de celle qui fut un temps leur maison, des affaires qu'ils empilaient dans leur fourgon ; des gens entassés dans des locaux abandonnés ou des usines désaffectées sans eau ni électricité. Il y en a qui dorment dans une bouche de métro ou à l'entrée d'une église ou dans un DAB. Je n’ai jamais vu autant de gens grappiller dans les conteneurs – certains à Barcelone poussent l’extrême jusqu’à faire le poirier en plongeant à l’intérieur du conteneur du carton recyclable. 

D'autres indicateurs montrent que nombre de gens sont à la limite de la survie. Ce sont des détails qu’on ne remarque pas souvent et qui méritent pourtant un commentaire. Qui n'a pas remarqué ces hommes et ces femmes en train de se laver comme ils peuvent dans une fontaine publique ? Ou encore ces femmes (parce que ce sont toujours des femmes) qui font la queue à l’heure de la fermeture chez l’épicier ou devant certains restaurants pour essayer de se mettre quelque chose sur la dent? Des gens qui s’alignent avec leur panier devant des organisations charitables ou solidaires. Des gens de tout âge, race ou sexe, armés d'une pique qui fouillent dans les conteneurs à la recherche de  quelque chose de récupérable. Des gens qui ramassent des cartons, des composants recyclables provenant de postes télé ou d'ordinateurs détraqués, des vêtements et des vieilles chaussures ou encore du plastique, du papier, du cuivre ou de la tôle ...

Et puis, il y a aussi des lampadaires, des boîtes aux lettres, des murs ou des palissades garnies de bouts de papier avec un téléphone mobile pour seule référence et qui offrent au meilleur prix des prestations comme peintres, plombiers, maçons, aides ménagères ou aux personnes âgées.

Et également des écriteaux collés à la vitre du café du coin informant les passants que seuls les clients qui consomment peuvent utiliser les toilettes.

A Barcelone il y a de nombreuses stratégies de survie qui se répètent tous les soirs quelques minutes avant le passage des éboueurs –  et même en plein jour parce que quand on a faim la gêne est moindre. Ce sont les nouveaux ferrailleurs, les chiffonniers du XXIe siècle ... au milieu d'une débâcle plus qu’annoncée.

Billet original publié dans mon blog 'Segunda Naturaleza'

Le génie

Son uniforme coûte un peu plus de 200 euros: un jean classique, T-shirt noir et des baskets. Tout est griffé, mais à un coût similaire à une cravate Hermès bien emballée. Il préside une multinationale qui rivalise avec le pétrolier Exxon pour savoir laquelle des deux a la valeur en bourse la plus importante du marché mondial, bien qu’elle compte seulement huit membres dans son conseil d'administration. Et par-dessus tout il n'a aucun diplôme universitaire

On sait peu de choses sur sa vie privée, sauf qu'il est fils de mère célibataire, qu’il fut adopté plus tard et que ses inquiétudes mystiques avaient porté le jeune homme jusqu’en Inde. Il a créé son empire depuis son garage, comme il faut. Ses origines n'ont rien à voir avec celle de ses concurrents, tous de bonne famille et éduqués dans les écoles très élitistes de Harvard ou Stanford. En outre, il a survécu à un cancer du pancréas et à une greffe du foie.

C'est Steve Jobs, co-fondateur d'Apple, lequel, la semaine dernière, a démissionné de son poste de PDG. Il est comme ça Steve, celui qui, en concurrence directe avec Bill Gates – tous les deux issus de la récolte de 1955 –  a transformé les habitudes planétaires au moyen de révolutions informatiques successives. Et, incidemment, il a réussi à ce que nos factures de téléphone rivalisent avec celles des fidèles du caviar. Les deux génies de l'industrie de la connaissance ont aussi modifié les vieux clichés économiques qui faisaient prévaloir les actifs immobiliers des sociétés sur le talent, la marque et l'innovation.

Bien qu’il quitte la première ligne, la pomme croquée ira toujours de l’avant, comme ce fut le cas de Microsoft lorsque Bill Gates pris sa retraite par étapes.

La particularité de cet écosystème numérique est que presque personne ne sait quel est le génie de chez Intel qui avait inventé le microprocesseur, le véritable moteur du nouveau monde. Il s’agit d’un ingénieur électrique septuagénaire qui répond au nom de Marcien E. Hoff. Mais ici, on ne couvre d’éloges que les carrossiers.

Allons-nous manquer de satrapes nantis?

Un de ces jours nous allons nous réveiller et nous n’aurons même pas un misérable despote à nous mettre sous la dent au petit déjeuner.  


Maintenant que Kadhafi va déposer les armes en tant que Big Brother de la grande révolution libyennedigne tâche à laquelle il a consacré 42 ans de sa vie – nous allons manquer d'autocrates de race dans la grande pépinière Nord-Africaine. Jusqu'à présent sont tombés le roi de l'extravagance bédouine, le détrousseur Ben Ali et le Sphinx Moubarak. Un peu plus loin, le syrien Assad sent la poudre. De différente nature, ces révoltes sont pour ainsi dire des émeutes n’ayant pas fait déverser trop de sang’. Sauf en Libye et en Syrie, où deux guerres 'bien' civiles ont lieu. Jusqu'à présent, aucune trace de cours martiales expéditives. Les marxistes classiques faisaient remarquer que toute révolution avec appellation d’origine exigeait des exécutions. Le contraire aurait été un signe de décadence déviationniste bourgeoise.  

Mais voilà que maintenant nos voisins méditerranéens semblent vouloir juger leurs vieux tyrans. Même les insurgés Libyens étaient si proprets à leurs balbutiements, que l'une de leurs premières décisions fut de nommer en mars 2011 un gouverneur de la banque centrale. Et même qu’ils voulaient garder un bon nombre de militaires et fonctionnaires kadhafistes repentis pour donner support au nouvel État (histoire de ne pas reproduire la triste expérience irakienne). Le problème des satrapes est qu'ils pensent avoir un pays discipliné qui les aime par dessus tout et non pas des millions de gens soumis mais prêts à en découdre.  

Beaucoup de dictateurs ont débuté leur carrière comme révolutionnaires dogmatiques et se sont finalement mué en tyrans. De Kadhafi à Mugabe, leurs visages se sont ratatinés tellement ils ont exercé un pouvoir absolu. Même le Botox a été incapable de dissimuler l’oxydation de toute lueur d'humanité dans leurs âmes desséchées. Mais ne désespérons pas, l’Afrique, les Caraïbes et certaines ex-républiques soviétiques ont une bonne réserve de vilains pachas en stock. Et cela sans parler du Coréen fou ni des incontournables cheikhs. Il faut s'armer de patience.

Pardonnez-leur, Seigneur


Les jeunes gens ayant des croyances catholiques sont condamnés à endurer un stigmate qui les présente comme des ultra-conservateurs, des simplistes, des dogmatiques. A cause de leur foi on les affabule avec toutes sortes d’épithètes imaginables. En face, se trouve un secteur de la population qui fait preuve d’indulgence envers le comportement de certains, un comportement qui semble avoir été sculpté dans le marbre de l'intolérance. Il me semble que même Lénine avait fait remarquer que l’idyllique société communiste était vouée à l'échec si elle se contentait de transmettre aux jeunes des discours édulcorés et condescendants. Les idées reçues de certains, surtout en Espagne, les poussent à stigmatiser ces centaines de milliers de jeunes qui se sont rassemblés à Madrid pour rencontrer le Pape.

Fait curieux, quelques dizaines de milliers de madrilènes se manifestent contre le coût économique de la visite de Benoît XVI. Une certaine gauche sociologique s’entête dans la facilité de brûler ses énergies dans des batailles perdues, convoquée par des espèces d’organismes unicellulaires qui se proclament fièrement athées, laïques et même chrétiens de base.
Il est vrai que, comme personne ne sait comment faire face à la crise, surtout en Espagne, le plus commode pour certains, semble de jouer à souffrir une attaque d'épilepsie anticléricale. Il paraît que ça fait chic.

La momie

Les émeutes arabes de Janvier ont permis aux archéologues du premier monde de re(découvrir) Hosni Moubarak. 

- Arrêtez, je ne suis pas mort!
- Pas encore.
Cela faisait 30 ans que le brave homme régentait l’Egypte, et du jour au lendemain, les démocrates dissèquent la momie et annoncent à la galaxie que le patapouf n’était qu’un vulgaire dictateur. Jusque-là, on croyait être devant une créature hiératique, une réincarnation médiocre de pharaon à qui il lui était échu la tâche ingrate de livrer bataille avec le pays le plus peuplé et influent du monde arabe. Un empire séculaire et décadent qui avait flirté avec l’apostasie soviétique pour accoucher du panarabisme nassérien et dont la consistance même fut mise à rude épreuve dans le bon vieux temps de juin 1967 quand l'armée israélienne balaya en six jours et cinq nuits, les troupes des sphinx. 
Les héritiers de ces mêmes soldats humiliés tiennent toujours le gouvernail du pays: les pauvres, ils doivent faire face à cette racaille de manifestants radicaux qui ont osé élire domicile indéfiniment dans la place Tahir, icône éphémère de notre radicalité d’enfance. L'Armée du Nil a perdu son père Nasser, elle a assassiné à moitié son successeur Sadate en pleine parade militaire, et est venue au secours de Moubarak le survivant pendant trois décennies. 
Cette semaine, le dernier pharaon a été conduit en civière jusqu’à une cellule du tribunal afin de témoigner sur les 800 meurtres dont on l’accuse lors des 18 jours de répression des révoltes populaires. L'ancien satrape (au teint digne d’un institut médicolégal) a évidemment tout nié. Il n’arrive pas à comprendre que, après avoir été salué chaleureusement par l'Occident et avoir protégé son pas commode voisin israélien, il se trouve largué et malmené, qui de plus est, par sa propre milice.

« La culture militaire ne peut ni se créer ni se détruire, mais simplement se transformer afin de dirimer le dilemme de savoir si les exploités sont toujours coupables ou bien s’ils finiront par l'être un jour », dixit Manuel Vázquez Montalbán

Euphémismes


L’euphémisme peut être défini comme «l’utilisation d’une expression adoucie pour évoquer quelque chose de désagréable, triste et dur ». D’autres y verront une formule délicate pour exprimer des idées ou des mots afin de les déguiser parce qu’inappropriés ou trop francs.

Cependant, il y a des litotes qui affectent trompeusement les gens et qui se répètent sans cesse tous les jours. Ainsi va-t-il lorsqu’on parle de guerre humanitaire pour dire en fait guerre économique ou géostratégique; dommages collatéraux, au lieu de mort de civils ou pillage de richesses; zone d'exclusion aérienne plutôt que pilonnage des positions de l'ennemi pour favoriser l'avance des alliés; tribunaux pénaux internationaux de préférence à procès des dirigeants des petits pays, généralement Africains; marchés pour capitalisme financier spéculatif; mondialisation au lieu de libre soutirage planétaire des capitaux; sauvetage de pays dans le pétrin plutôt que sauvetage de leurs banques nationales et des banques créancières; agences de notation de risque au lieu de pyromanes financiers et spéculatifs. Tout comme désigner le News Corp de Rupert Murdoch comme « groupe de presse » (pourrie) plutôt que bande de pirates cancérigènes. Remarquez, c’est bien, ce qui leur arrive. La planète en sera soulagée… des millions d'exemplaires chaque jour (qui ne peuvent même pas servir de papier c...) et qui ne seront plus édités, vont donc alléger le bilan carbone et soulager les forêts. Appelons un chat un chat.

Appelons les choses par leur nom
De nos jours, le politiquement correct outrancier impose des circonvolutions langagières parfois difficiles à comprendre. On a de plus en plus de mal à appeler un chat un chat.
Et, dans le cas de cette dernière expression, ce serait pourtant nécessaire, voire indispensable, car, bien qu'on l'ait maintenant oublié, cette expression a son origine en-dessous de la ceinture, ce qui est profondément choquant, n'est-ce pas ?

Si on appelait les choses par leur nom, nous pourrions probablement mieux comprendre ce qui se passe autour de nous.

Friches industrielles

Rien n'est plus pareil depuis que le télévangéliste Billy Graham avait arpenté l’étendue du ciel réservée aux âmes qui passent le crible de Pierre. Le bonimenteur étatsunien a estimé le terrain céleste disponible en 1 500 miles carrés. On devra donc attendre le jour du jugement dernier pour vérifier l’exactitude des paramètres du paradis. Beaucoup plus précis et fiable semble le métrage urbanistique réalisé ici sur terre par le maître d'Apple, Steve Jobs. Bien que physiquement affaibli à cause de la maladie, Jobs garde son instinct commercial en quartier croissant. Il vient d'annoncer qu’en 2015 un nouveau siège social verra le jour à Cupertino. Le pétard architectural prendra la forme d’une soucoupe volante, occupera 60 hectares et abritera les quelques 12 000 employés de l'entreprise en Californie.

Si nous pouvions convaincre le magicien de la pomme croquée, il pourrait suggérer à la Chine de déménager en Europe les dizaines de milliers de gens sous-traités qui assemblent l’iPhone, l’iPad et tout ce qui leur tombe sous la dent! Le Vieux Continent a les moyens de leur offrir des millions de pieds carrés de friches industrielles pour s’y installer. C'est cela la vie moderne. Éphémère. Changeante. Tant et si bien que ni l'ancienne génération des Mac, qui a frôlé l'extinction de près, ni la jeune lignée des Google auraient pu rêver il y a quatre jours qu’elles seraient sur le point de battre Nokia dans la téléphonie mobile. Mais du jour au lendemain, la concurrence semble les raser de la carte. Les actions de Nokia ont chuté d'environ 40% depuis le début de l'année, sa part de marché plonge en piqué et grâce aux Coréens, aux Taïwanais et aux Étatsuniens, les nordiques constatent que les marchés les traitent comme des moins que rien (ou peu s’en faut).

Allégresses révolutionnaires

Le Tiers Monde est une interminable collection de gens délaissés par leurs dirigeants, généralement des dictateurs d'intensité différente. Lorsque ces populations prosternées estiment que l'assassinat officiel perd son pouvoir de coercition, quelques unes se rebellent. Fatigués de n'être que des pièces misérables d’un échiquier délabré, les pions défient ceux qui les sacrifiaient dans l’indifférence pour sauver le roi. Il s'agit d'un mécanisme de légitime défense collective aussi vieux que le fait de respirer.

Quelque chose de semblable est en train de se produire dans le monde arabe, une vaste région où près de 70% de la population a moins de 30 ans, pas ou peu d'espoir dans l'avenir et un revenu moyen aussi faible que mal distribué. L'Ouest accueille toujours avec une sympathie innocente les révolutions de toute couleur et odeur. Que ce soit l’orange ukrainienne, la rose géorgienne ou le jasmin tunisien (à ce jour j’ignore l’arôme de la révolte égyptienne). Rappelez-vous le monde occidental qui sautait de joie lorsqu’en 1979 l'imam Khomeiny, escorté par des laïcs, renversait le Shah pour établir un régime théocratique en Iran. Et puis, réaliser des approximations intellectuellement touristiques sur des enfers socialement complexes est une frivolité à la portée de beaucoup. Croire que Twitter, Facebook ou tout réseau social contribue péremptoirement à la chute d'un général sied bien chez Whiskypedia bien sûr, mais c’est un argument boiteux dans un monde où presque rien ne se passe par hasard séraphique.

D’autre part, quand un pharaon est embaumé en vie et qu’il acquiert le statut de momie exilée jaillissent toujours des messies en gros. Cela arrive dans le delta du Nil comme dans le delta du Rhône. Des personnages qui ont tiré des ficelles des protestations en apparence spontanées ou qui sont en mesure de capitaliser la colère. Ce sont les grands perturbateurs de la volonté majoritaire qu’est la foule laissée pour compte. En architecture on appelle cela un ‘trompe l'œil’.

Comme un Néandertal en chaleur

Strauss-Kahn en prison à Rikers Island, photo publiée par le Daily News
Il y a six ans le gouvernement français de l’époque avait fait passer un projet de loi portant sur la castration chimique des délinquants sexuels. Cette drogue est très polyvalente et est disponible en dose injectable ou plus agréablement encore sous forme de pilule. Ses effets sont les mêmes: stopper la production testiculaire de testostérone. Une hormone qui compte toujours beaucoup d’adeptes parmi la faune politique des Gaules, notamment dans sa version présidentielle, et qui, selon toute vraisemblance, fait des ravages en ce moment puisqu’elle semble littéralement posséder l’ancien directeur général du Fonds monétaire international, Dominique Strauss-Kahn. On aura tout vu. Que le FMI est solennel lorsqu’il « se lâche » pour imposer des cures économiques sévères. Et que dire encore de la majesté du Palais de l'Elysée. Quel contraste avec l’extrême fragilité dont fait preuve la mémoire des puissants lorsqu’il y a du sexe à la clé. Ah, l’arrogance pornographique dont certaines élites nous honorent lorsqu’elles font fi des excès perpétrés par les leurs, voire pour rire de leurs prouesses à l’heure de faire étalage de leurs collections de maitresses, même si leur risée est forcée.

Il y avait des témoignages qui laissaient présager que le comportement de l’homme politique socialiste se rapprochait davantage de celle d'un Néandertalien en zèle que de celle d'un académicien brillant et convaincant. Si la plainte qui l’a conduit à être emprisonné aux États-Unis se confirme (et se traduit en ultérieure condamnation), il serait touchant d'imaginer Strauss-Kahn chasser sa proie comme un babouin en tentant de la posséder dans une suite cinq étoiles de New York. Abus de pouvoir à l’état pur, que la victime soit une journaliste française, une économiste hongroise ou une femme de ménage du Bronx.

Pour certains (les moindres), il s’agit là d’un complot mis en scène par des forces malveillantes. Peut-être. Mais l’accablante biographie accréditée par la première braguette de Neuilly(*) me fait craindre que nous soyons en présence d’un malade dangereux dont on a mal à croire que les agissements aient été tolérés jusqu'à présent.

Quand je pense que l’honnête homme avait toutes les chances de devenir un jour prochain le plus haut magistrat de la nation. Je ne sais pas vous, moi ça me fout les traquettes.

Affligeant.
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(*) Maire de Sarcelles, commune du Val-d’Oise (95) dans la grande ceinture ouvrière parisienne, Dominique Gaston André Strauss-Kahn est tout de même dans la très huppée Neuilly-sur-Seine. N’en déplaise à certains, n’est pas riche et mondain qui veut.

Deux semaines sous la mer

Si nous devons prêter attention à ce que les medias nous disent, Oussama ben Laden serait depuis deux semaines quelque part sous les eaux de la mer d'Oman. À environ 4.500 mètres de profondeur ...

De toute façon il n’y a plus grand-chose à tirer de cette région de l'océan Indien. Mais allez savoir ce qu'est devenu le cadavre dans une telle obscurité abyssale, d’autant plus que le linceul officiel aurait été enveloppé dans un sac en plastique, le tout assaisonné d’un ballast adéquat pour être sûr qu’il atteigne le fond. Barack Obama a choisi d'ignorer les sages conseils des élus du Congrès américain, qui avaient exigé que l’on « montre  le corps pour que tout le monde le voit. » Pour le moment, pas de photos ou de vidéos. Le tournage d'un règlement de comptes, une exécution ou un acte de guerre — tout se vaut— est généralement désagréable. Souvenons-nous de la pendaison de Saddam Hussein ou des égorgements et des décapitations d'otages occidentaux de la main de n’importe quelle franchise d'Al-Qaïda. Si vous avez un téléphone mobile et que vous êtes parmi les bourreaux, l'enregistrement aura un succès garanti. Avant que la technologie soit développée à tire-larigot, tout était différent. Staline aurait payé ce qui n'est pas écrit pour l'enregistrement de l’instant où le fils à papa – et révolutionnaire à ses temps perdus –  Ramon Mercader clouait un piolet dans la tête de Trotski. Et pourtant, il aurait surement ordonné que personne ne filme l'enlèvement des 5 à 10 millions de disparus sous le stalinisme, sauf pour manipuler les images et les situer à Belgrade ou à Berlin quelques instants avant leur disparition révolutionnairement définitive.

Les acteurs changent, tout comme les circonstances et les prétextes, mais tous se ressemblent. Les exterminateurs reçoivent une décoration en vie, même en privé. Cela dit, lorsqu’ils meurent ils sont enterrés dans des cimetières réservés aux héros de la patrie. Mais ne vous méprenez pas. Ben Laden doit être entouré de sirènes houris dans son sépulcre aquatique. Ce serait pire de devoir porter une combinaison orange à Guantanamo.